Interview de Jacques Fayet
Chef de projet eLearning, Cegos
Fanny:
Pouvez-vous rapidement vous resituer professionnellement (formation initiale, postes occupés, poste actuel) ?Jacques Fayet:
Mon premier métier était éducateur spécialisé, puis formateur dans une école d'éducateurs. J'en ai profité pour compléter mes études avec une maîtrise de sociologie. Avec l'apparition des premiers ordinateurs, j'ai repris des études au CNAM pour obtenir une double compétence en pédagogie et en informatique. Après une expérience de création d'entreprise (Arobas Formation), j'ai participé aux premiers pas de la formation à distance avec InfoConvergence puis Cegos eLearning, entreprises qui étaient spécialisées dans la formation en visioconférence (bureautique et langues). Depuis 10 ans à la Cegos, j'occupe un poste de consultant, chef de projet eLearning. J'anime des formations et je suis actuellement impliqué dans la création de l'offre eLearning sur étagère.
Fanny:
La Cegos est particulièrement connue pour la qualité de ses formations présentielles en management. Ce type de contenus sont-ils à votre avis facilement transférable en elearning ?Jacques Fayet:
Pour moi, il n'y a pas de "transfert" du présentiel au eLearning. Même si le contenu, le fond, est identique, et de bonne qualité, le format module sur étagère est plutôt comparable à un autre canal de distribution de la formation, un peu comme si on créait une nouvelle collection de livres. Les consultants sont donc invités à s'exprimer d'une autre manière, bien différente de leurs habitudes. Est-ce que c'est facilement "transférable" ? Non. L'exercice est difficile, il faut faire court, efficace, trouver des activités pédagogiques pertinentes. Des choix pédagogiques structurants ont été faits au départ du projet, pour faciliter la tâche, mais il reste difficile de résumer en quelques minutes ce qui se dit en plusieurs heures. Mais ce travail n'est qu'une première étape. Le vrai chantier, c'est de concevoir une offre mixte, à distance et en présentiel qui optimise les durées et qui apporte une véritable efficacité à l'utilisateur.
Fanny:
Y a-t-il selon vous, des spécificités à l’écriture multimédia en formation ? En d’autres termes, le concepteur de formation présentielle est-il aussi naturellement un e-concepteur ?Jacques Fayet:
C'est l'écriture multimédia qui impose ses règles : on ne lit pas sur un écran comme on lit un livre, il faut scénariser, inventer une histoire, choisir un angle d'attaque, varier les activités pédagogiques, trouver des illustrations, passer par des dialogues, des vidéos, des animations. La production eLearning se fait par la collaboration entre des experts du contenu ou des experts métiers et des scénaristes. Pour moi ce sont deux compétences différentes. Les scénaristes doivent avoir une compréhension approfondie du contenu pour pouvoir proposer des activités pédagogiques adaptées : on parle toujours d'objectif pédagogique ! Leur tâche est de produire le meilleur scénario possible avec ce qu'on leur donne comme matériel brut.
Fanny:
Pensez-vous que le marché de la e-formation a besoin d’être (plus) structuré (identification des métiers, spécialisation des formations initiales, etc…) ?Jacques Fayet:
Je ne crois pas qu'il y ait un marché de l'e-formation, ou alors sous forme de niche. Il y a plutôt un marché de la formation qui inclut des modalités à distance. Pour ce que je connais le mieux, la formation professionnelle, les entreprises sont et seront de plus en plus demandeuses de ce nouveau type de prestation. Elles commencent à formuler leurs appels d'offres en ce sens. Les nouveaux besoins sont autour des métiers de scénaristes, intégrateurs qui sauront utiliser des outils informatiques pour faire passer des contenus de formation dont on sait qu'ils sont extrêmement diversifiés. La double compétence va être la règle ! En dehors de la conception multimédia, on verra aussi apparaître des métiers de type logistique : administrateur de LMS, planification, hot line, etc.
Fanny:
Selon vous, quel est le lien entre la psychologie cognitive et le e-learning ?Jacques Fayet:
On ne sait toujours pas très bien ce qui se passe entre un écran et un utilisateur. Le besoin de compréhension est fort, des cogniticiens peuvent sûrement y aider. On va également assister à de nouveaux usages Internet, de type Web2, et il restera à comprendre ce que ça change dans les façons d'apprendre. Les usages se multipliant, certains seront plus efficaces que d'autres, il faudra essayer de comprendre pourquoi.
Fanny:
Quelle convergence possible, selon vous, entre le KM et le e-learning ?Jacques Fayet:
La frontière entre information et formation tend à disparaître ou à être plus difficile à tracer… Il sera de plus en plus difficile de savoir à quel moment je m'informe et à quel moment j'apprends. En plus, la séparation entre le temps de la formation et le temps de travail devient floue elle aussi. En reprenant les idées de Philippe Carré (L'apprenance) sur le travailleur du savoir, on peut dire : Je m'informe et je me forme tout en travaillant.On peut encore imaginer des activités collaboratives de capitalisation de connaissances qui seraient aussi de la formation. Elles restent à inventer…
Merci Jacques
Pour en savoir plus, www.cegos.fr
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